Introduction aux normes sociales
Cette partie du kit pratique vous aidera à approfondir vos connaissances théoriques en matière de programmation de normes sociales.
Où se placent les normes sociales dans le cadre MSI de changement des comportements ?
Chez MSI, les communications sont perçues par le prisme des comportements. Nous avons établi certains comportements que nous voulons voir notre public cible adopter. C’est dans cette optique que nous avons mis au point le cadre MSI de changement des comportements. Quelques rappels :
Les comportements humains sont complexes. Le comportement d’une personne est déterminé par des facteurs sociaux (parmi lesquels les normes sociales), ainsi que par des facteurs environnementaux.
Une intervention de changement des comportements réussie visera généralement à impacter différents niveaux, comme l’illustre le schéma ci-dessus. Gardez à l’esprit l’idée que la stratégie/le projet/l’activité choisie pourrait être plus fructueuse si vous visez plusieurs obstacles simultanément.
Qu’est-ce qu’une norme sociale ?
Il n’est pas toujours facile de distinguer les normes sociales des rumeurs, mythes, superstitions, normes religieuses, etc. Mais cette distinction est capitale, puisque pour réussir à faire tomber les barrières des normes sociales, il faut les aborder de manière très différente de ces autres facteurs d’influence. Les normes sociales ne sont pas toujours des barrières – parfois, on peut tirer parti d’une norme sociale positive pour favoriser notre travail. Pour en savoir plus sur ces approches, rendez-vous à la partie sur comment aborder les normes sociales via des activités de CCSC. (link to ways of addressing social norms through SBCC activities)
Si vous n’êtes pas certain(e) que la barrière à laquelle vous faites face est une norme sociale, utilisez cet outil pour vérifier !
Comment identifier les normes sociales qui impactent l'accès à la SSR
Quelles sont les barrières auxquelles fait face mon public cible?
Pour commencer, nous devons déterminer qui est votre public cible ; ce que nous voulons qu’ils fassent; et qu’est-ce qui les en empêche (les barrières). The simplest behaviour is the one described in the framework here: “using a family planning method”. Le comportement le plus simple est celui décrit dans le cadre ici: “utiliser une méthode de planification familiale”. Dans votre travail, vous aurez souvent envie d’approfondir: voulez-vous qu’ils se mettent un DIU? Utiliser la planification familiale juste après avoir eu son premier enfant? Vous voudrez également vous demander si les obstacles identifiés sont même des choses que nous pouvons surmonter en utilisant les communications?
L’exercice suivant peut vous aider à réfléchir aux obstacles auxquels un public cible spécifique peut être confronté.
Pouvez-vous penser à certains obstacles pour les mères pour la première fois qui adoptent une méthode de planification familiale?
Public cible | Comportement souhaité | Barrières | Solutionnable par la communication ? |
---|---|---|---|
Nouvelle mère | Adoption d'une méthode de PF après la première naissance | ||
Vous pouvez trouver la feuille de travail complète ici. Vous pouvez aller aussi loin que vous le souhaitez. Pour la plupart des programmes, il sera plus logique de choisir un public cible et un obstacle sur lesquels se concentrer en même temps.
Voici quelques exemples que vous auriez pu trouver:
Public cible | Comportement souhaité | Barrières | Solutionnable par la communication ? |
---|---|---|---|
Nouvelle mère | Adoption d'une méthode de PF après la première naissance | Craintes concernant le retour de la fécondité après la contraception | OUI |
Absence d'établissement à proximité | NON | ||
La famille veut qu'elle fasse beaucoup d'enfants le plus tôt possible | OUI |
Comme vous pouvez le voir, le deuxième obstacle est un exemple qui ne peut pas être résolu avec les seules communications – il est temps d’amener votre équipe des opérations sur le cas ! Les deux autres obstacles nous amènent au sujet des normes sociales.
Récapitulons la définition :
Si vous ne savez pas si la barrière à laquelle vous faites face est une norme sociale ou non, vous pouvez utiliser cet outil pour vérifier!
Formulez la barrière comme suit : « Je crois… que ma famille veut que je fasse beaucoup d’enfants le plus tôt possible ».
Y a-t-il un comportement/une décision influencés par cette croyance ? | OUI |
Le surnaturel est-il impliqué ? | NON |
Y aura-t-il des conséquences sociales si l'on va à l'encontre de cette croyance ? | OUI |
S'agit-il d'une règle non écrite de la communauté ? | OUI |
Résultat : | Norme sociale |
Et suivant un autre exemple :
« Je crois que ma religion n’accepte pas l’utilisation de la planification familiale. »
Y a-t-il un comportement/une décision influencés par cette croyance ? | OUI |
Le surnaturel est-il impliqué ? | OUI |
Pourquoi la personne croit-elle cela ? | Leader religieux/ éducation religieuse |
Résultat : | Norme religieuse |
Vous avez du mal à identifier les obstacles ? Essayez d’inviter quelques collègues pour un remue-méninges rapide, en particulier ceux qui travaillent directement avec le groupe cible, comme vos mobilisateurs communautaires. Vous pouvez également utiliser l’exercice des “cinq pourquoi”: pour chaque comportement, demandez “pourquoi” il n’a pas lieu. Demandez “pourquoi” 5 fois de plus jusqu’à ce que vous ayez un ensemble de réponses solides. Par exemple…
- Pourquoi n’y a-t-il pas de discussion sur la puberté entre adolescents et parents ?
- Les parents comme moi ne parlent pas de sexe avec leurs enfants
- Mes amis penseraient mal de moi en tant que parent si je discutais ouvertement de sexe avec mes enfants
- Parler de sexualité est tabou dans cette communauté
- Les parents n’ont pas de connaissances à partager
- Les parents se sentent inférieurs aux enfants sur le sujet s’ils n’ont pas le même niveau d’éducation
- Personne ne parle à ses enfants de la puberté
- À l’aide de l’outil, quelles sont, selon vous, les normes sociales ?
- Avez-vous bien compris? Les normes sociales sont…
- Les parents comme moi ne parlent pas de sexe avec leurs enfants
- Mes amis penseraient mal de moi en tant que parent si je discutais ouvertement de sexe avec mes enfants
- Parler de sexualité est tabou dans cette communauté
- Personne ne parle à ses enfants de la puberté
Toujours en difficulté? Il y a toute une section sur la collecte d’informations sur les normes sociales ici.
Maintenant que vous avez rempli le modèle et utilisé l’outil Norm or not, vous devriez avoir un ensemble de normes sociales qui ont un impact sur l’accès à la SSR dans votre contexte. Félicitations, vous avez terminé une cartographie des normes sociales!
Donner la priorité aux normes sociales avec lesquelles travailler
Si l’exercice ci-dessus s’est bien passé, vous pourriez avoir une longue liste de normes sociales pertinentes dans votre contexte. Comment prioriser la ou les normes sociales sur lesquelles travailler ?!
ÉTAPE 1
Avant d’aller plus loin, assurez-vous d’avoir un public cible clair et un comportement souhaité à l’esprit. Vous ne pouvez pas tout faire à la fois !
ÉTAPE 2
Approfondissez votre compréhension des normes sociales que vous avez devant vous. Il est temps d’analyser les normes sociales pertinentes ou de recueillir d’autres informations si nécessaire.
ÉTAPE 3
Lorsque vous êtes prêt, vous pouvez utiliser le modèle simple ci-dessous pour vous aider à affiner votre concentration.
- Impact: quelle influence la norme a sur notre comportement souhaité
- Facilité d’influence: la facilité avec laquelle nos programmes/activités pourraient affecter cela – opportunités grâce aux interactions existantes, pouvoir du groupe de référence,…
Normes sociales au MSI
Cette section est destinée à tous ceux qui souhaitent avoir un aperçu du travail de MSI sur les normes sociales et de la réflexion qui le sous-tend. C’est particulièrement utile pour ceux d’entre vous qui ont besoin de parler de notre travail à l’extérieur !
- Nous travaillons avec les communautés, pour les communautés, et cela est profondément ancré dans nos façons de travailler
- Nous utilisons les données pour éclairer la prise de décision et le suivi de l’impact
- Nous tirons parti, modifions et controns les normes sociales, le cas échéant
- Nous engageons non seulement notre public cible principal, mais aussi leurs influenceurs
- Nous sommes dirigés par les programmes nationaux pour nous assurer que nous tirons parti des opportunités existantes dans les communautés pour faire avancer la mission de MSI
Nos cadres théoriques
Chez MSI, les communications sont perçues par le prisme des comportements. Nous avons établi certains comportements que nous voulons voir notre public cible adopter. C’est dans cette optique que nous avons mis au point le cadre MSI de changement des comportements. Quelques rappels : C’est pourquoi nous avons développé le cadre de changement de comportement. Un rappel rapide ci-dessous, des conseils complets sont enregistrés ici.
Le comportement d’un individu est façonné par des facteurs sociaux (y compris, mais pas uniquement, les normes sociales) ainsi que par des facteurs environnementaux plus larges.
Une intervention de changement de comportement réussie fonctionne pour affecter plusieurs niveaux, comme le montre le diagramme ci-dessus.
Nos cadres de changement de comportement sont complétés par notre travail sur le renforcement des systèmes de santé à différents niveaux. Ce cadre de RSS (renforcement du système de santé) est également divisé selon le modèle socio-écologique.
Comme le montre le diagramme, la stratégie pour une demande durable se compose de trois éléments clés : partenariats gouvernementaux (renforcement des capacités) ; engagement communautaire; et le genre et les normes sociales. Les normes sociales sont une caractéristique essentielle de notre stratégie visant à créer un environnement propice à long terme, où les individus sont responsabilisés et libres de choisir les services de SSR qui leur conviennent.
Comment nous travaillons
Dans les contextes dans lesquels nous travaillons, les communautés ont tendance à être soudées et des normes sociales puissantes constituent le tissu qui permet à la communauté de fonctionner. Cela signifie que les interventions réussies en matière de normes sociales doivent aborder plus d’un niveau à la fois : niveau individuel, interpersonnel, communautaire et/ou institutionnel.
Le niveau individuel
MSI a pour ambition d’émanciper les personnes, d’épauler les déviants positifs et de donner aux gens l’opportunité de déterminer eux-mêmes si une norme sociale mérite d’être remise en question. En amplifiant les témoignages de patientes satisfaites dans le cadre des activités de mobilisation, l’idée est de faire de ces femmes nos marraines les plus efficaces au sein de la communauté pour faire évoluer les normes liées à la SSR. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 25 % des adolescentes et des femmes sans enfant recourant à des services de PF au Sahel citent les recommandations personnelles comme la source d’information la plus importante pour elles. Ce point est tout particulièrement important pour les groupes les plus sceptiques ou les plus défavorisés, comme celui des femmes nullipares (cf. tableau), qui peuvent faire l’objet d’une pression normative très importante les poussant à faire des enfants le plus tôt possible. Généralement, MSI obtient un nombre limité d’« adhérentes précoces » au terme des 2 à 3 premières consultations sur un site donné. Les consultations ultérieures donnent lieu à une hausse significative du recours à la PF, stimulant la demande de la communauté tout en créant une impulsion. Sur les sites des services mobiles ruraux au Niger, où MSI a élargi ses activités il y a 3 ans, le nombre de femmes et de jeunes filles recourant à des services de PF a doublé (passant de 15 à 30/équipe/jour) au cours des 18 derniers mois, et 80 % des utilisatrices indiquent désormais que la communauté soutient et encourage le recours à des contraceptifs modernes
Niveau interpersonnel
Nous prêtons attention aux acteurs que nous pouvons et devons impliquer, au-delà de notre public cible principal jusqu’aux influenceurs clés au niveau communautaire, mais nous veillons à ce que les moins manifestement puissants soient également impliqués. Grâce à une analyse approfondie du groupe de référence, nous avons développé des interventions qui impliquent les belles-mères, les pairs masculins et d’autres membres de la communauté dont l’influence est la plus répandue au niveau interpersonnel. Notre travail au Sahel sur l’intervention de La Famille Idéale en est un bel exemple. La Famille Idéale est une suite d’outils participatifs à l’usage des mobilisateurs communautaires. Les outils (un jeu de société et une conversation de couple facilitée) ciblent directement les adolescentes ainsi que leurs maris et d’autres influenceurs clés (comme les belles-mères). LFI est utilisé par les quatre programmes de MSI au Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger et Sénégal) pour créer une prise de conscience et une demande pour les services de contraception de qualité offerts par les équipes de MSI. Utilisé par les mobilisateurs communautaires avant les visites de sensibilisation de MSI, l’outil s’est avéré efficace pour créer un environnement propice aux conversations où les jeunes filles n’ont aucun pouvoir de décision. Une première évaluation a révélé : (i) une augmentation de 25 % de la portée des adolescents dans les sites utilisant l’outil ; et (ii) la création d’un dialogue communautaire qui a réussi à dissiper les mythes sur la contraception.
Les outils impliquent les maris dans une discussion sur la PF, pour montrer que les maris peuvent et doivent faire partie de ces discussions ; explorer qui peut utiliser la PF, quand et pour quelle raison, remettre en question la norme selon laquelle les jeunes couples doivent attendre pour utiliser la PF jusqu’à ce qu’ils aient plusieurs enfants ; modéliser le rôle que les belles-mères peuvent jouer pour soutenir l’adoption de la PF, en explorant le rôle de ce groupe de référence clé ; et se concentrer sur les avantages de la PF pour l’espacement des naissances, en modifiant les compréhensions et les croyances individuelles pour donner aux gens la confiance nécessaire pour défier eux-mêmes la norme.
Au-delà de la famille, nous visons à tirer parti des opportunités existantes dans la communauté pour créer de nouveaux champions là où nous le pouvons. Le travail du Nigeria sur le projet Gagarabadau en est un excellent exemple. Gagarabadau utilise trois stratégies complémentaires, la formation commerciale des vendeurs de thé, les conversations entre pairs dirigées par des mobilisateurs et la diffusion du terme “Gagarabadau” (un terme haoussa utilisé pour décrire un homme respecté) pour engager les hommes et aborder les normes sociales liant les familles nombreuses aux hommes. le statut et le rôle des femmes dans la prise de décisions familiales et la génération de revenus. Les résultats d’une évaluation qualitative indiquent que l’intervention a engagé avec succès les vendeurs de thé et leurs épouses pour créer des champions communautaires de la planification familiale. Les discussions communautaires qui ont eu lieu grâce à cet engagement ont permis de commencer à surmonter les normes sociales négatives liées à la taille et au statut de la famille, en promouvant plutôt qu’un homme responsable est celui qui espace les naissances pour avoir une famille saine et prospère. Cela a été renforcé par les discussions entre pairs et une diffusion large et variée du terme “Gagarabadau”. De plus, l’accent mis pendant la formation sur la prise de décision partagée a vu les épouses des vendeurs de thé commencer à jouer un plus grand rôle dans les décisions de l’entreprise familiale et a aidé beaucoup à créer leur propre petite entreprise. Il s’agissait d’un puissant moyen de donner l’exemple de ces comportements positifs. Les activités ont généré près de 4 000 références pour les services de PF au cours d’un projet pilote de neuf mois, dont 47 % ont été confirmés rachetés dans les établissements de santé à proximité.
Niveau de la communauté
MSI investit du temps pour comprendre chaque contexte local et collaborer avec les gouvernements et des partenaires au sein des communautés pour identifier les principaux meneurs et personnes d’influence et pour mettre au point des messages adaptés et culturellement parlants afin de recueillir adhésion et soutien. Il s’agit d’un facteur clé pour assurer la longévité de tout partenariat. Nous mobilisons les structures des communautés pour faire accepter notre cause et pour identifier et mettre sur pied les défenseurs qui promouvront nos activités. Dans certains contextes conservateurs, il se peut que nous n’obtenions qu’une acceptation tacite de la part des leaders – mais une résistance de la communauté peut rendre impossible la mise en œuvre de nos programmes.
Ce niveau concerne les partenariats avec la communauté, qui peuvent être de formidables moyens de trouver des parrains, des opportunités, et de veiller à s’adapter au contexte local. En tirant parti de leurs liens existants avec les jeunes par le biais d’activités de routine ou d’événements particuliers, MSI coordonne la prestation des services avec des événements de mobilisation destinés aux adolescents. Au Sénégal, par exemple, MSI travaille en collaboration étroite avec le Centre Conseils des Ados pour organiser des échanges autour d’un certain nombre de sujets, dont la SSR, les MGF, le mariage des enfants ou encore les violences sexuelles et sexistes, et dispense des services au sein de salles discrètes dans les locaux du Centre.
Les leaders des communautés sont bien entendu des acteurs clés dans toute démarche de changement de normes sociales, puisqu’ils font partie du groupe de référence pour une grande partie des normes sociales sur lesquelles nous travaillons. Obtenir leur adhésion peut jouer en faveur du changement et avoir des retombées au niveau de la communauté dans son ensemble. Notre travail en Zambie illustre bien ce point. Marie Stopes Zambie collabore avec l’équipe de l’établissement de santé pour présenter les statistiques locales de SSR chez les adolescentes, notamment en ce qui concerne la participation aux soins postnataux ou les accouchements (mesures indirectes pour mettre en exergue le fardeau que représentent les grossesses précoces), aux leaders de la communauté lors des réunions d’engagement. Par ailleurs, les leaders de la communauté participent à un « Jeu de trajectoire » pour comprendre le parcours de SSR des adolescentes et les obstacles auxquels elles sont confrontées. Ces exercices visent à développer l’empathie et la compréhension des leaders vis-à-vis des adolescentes pour leur permettre de se mettre à leur place et de comprendre en quoi leurs droits concordent avec les priorités de leur communauté – mais pas nécessairement avec les normes sociales négatives existantes.
Niveau institutionnel
Lorsque c’est possible, nous travaillons avec nos collègues de l’Équipe Advocacy pour promouvoir l’évolution des normes sociales et coopéerons avec les institutions pour ancrer la théorie et la pratique en la matière. Tous nos programmes nationaux collaborent avec des agents de santé de la communauté (ou fonctions équivalentes). L’idée est d’essayer d’influencer leur expérience à des niveaux supérieurs. Nous travaillons au niveau national et au niveau des districts pour promouvoir de meilleures formations, plus centrées sur la PF, et nous cherchons des opportunités pour améliorer la responsabilisation du gouvernement sur le plan du paiement au niveau des agents de santé. La plupart des programmes nationaux auront travaillé sur le renforcement des capacités des agents de santé en formation. Le Ghana est un exemple qui se détache. Là-bas, le programme national s’est associé au service de santé ghanéen pour élaborer un cadre conjoint de CCSC, ainsi qu’un plan de déploiement/intégration pour la formation.
Comment nous évaluons notre impact
C’est un fait bien connu : les interventions qui ciblent des normes sociales sont difficiles à évaluer. Le changement se fait progressivement, sur un laps de temps important, et les interventions sur les normes sociales ne donnent pas toutes lieu à une hausse immédiate des recours à nos services. Nous nous appuyons sur les bonnes pratiques du secteur, ainsi que sur les systèmes de données robustes de MSI pour trouver des moyens de suivre et d’évaluer l’impact des activités sur les normes sociales, bien souvent avec une stratégie spécialement adaptée à une intervention donnée.
Le cadre SNAP
Toutes nos approches s’inscrivent dans le cadre de l’analyse SNAP et s’accompagnent d’une théorie du changement robuste. Cela nous permet de relever les petits changements qui, d’après la théorie du changement, amèneront un impact ultérieur plus important. Nous utilisons une version adaptée du cadre d’analyse SNAP de CARE. L’approche SNAP se décline en 4 étapes pour éclairer les évaluations :
- Cadre SNAP : créé pour décomposer les normes sociales visées par le projet.
- Conception d’une Évaluation par méthode combinée: identifier les sources de données pertinentes ; avec souvent une simple vignette à utiliser lors des entretiens qualitatifs pour décrire un scénario influencé par les normes sociales
- Échanges semi-structurés : à l’aide d’un guide de discussion, on sonde les réactions des participants à la vignette. L’échange porte sur les différents aspects du cadre SNAP pour ces normes sociales, notamment sur tous changements observés par les participants et sur la contribution potentielle du projet à ces changements.
- Analyse de données : les données qualitatives sont analysées de manière thématique et complétées par les données quantitatives pertinentes.
Étant donné la complexité de l’évolution des normes sociales, l’étude peut uniquement donner une indication de l’évolution de la norme. L’approche qualitative signifie également que les résultats ne sont pas généralisables à l’ensemble de la population. Parfois, la conception et le contexte particuliers d’une intervention font qu’il est nécessaire de dévier légèrement de ces 4 étapes.
Les données que nous exploitons
Les données que nous recueillons pour étayer l’évaluation dépendent de la conception de l’intervention et, lorsque c’est possible, conjuguent informations qualitatives et quantitatives. Exemples :
- Analyse des données des services de routine et des activités de suivi : sert à comprendre la participation aux différentes activités, le nombre et le profil des orientations découlant des activités, la conversion des orientations et le recours aux services dans les régions où les activités ont eu lieu.
- Discussions qualitatives avec les participants : discussions qualitatives approfondies avec différents types de participants aux activités pour réfléchir aux perceptions des normes sociales visées.
- Observation d’activités : observations structurées des activités pour voir la teneur et le ton des échanges ; les thématiques et les informations abordées (sujets, exactitude des informations) ; l’implication des participants.
Pour accéder à des exemples d’analyses d’interventions sur les normes sociales, reportez-vous au Répertoire des normes sociales.
Recueillir des informations pour comprendre les normes sociales
Vous avez jeté un œil aux autres parties, mais vous vous êtes rendu compte que vous n’aviez pas suffisamment d’informations ? C’est le moment de recueillir des informations !
Lorsqu’on aborde les normes sociales, nos informations proviennent souvent d’équipes locales de terrain et d’autres collègues qui connaissent le climat social. Or, comme tout un chacun, il se peut que ceux-ci n’aient pas tous les éléments et qu’ils voient principalement les choses de leur point de vue – nous faisons tous partie d’une communauté, nous aussi ! Par exemple, s’il existe une norme forte dans une communauté selon laquelle les adolescentes non marieés ne devraient pas utiliser de méthodes de contraception, il se peut que votre personnel ou vos prestataires soient également de cet avis.
Ce guide propose des conseils pour recueillir davantage d’informations par d’autres biais concernant les normes sociales applicables à votre contexte, en sondant directement la communauté.
La collecte d’informations, ou recherche formative, sera également une première étape clé pour s’assurer que vous pouvez suivre et évaluer la programmation des normes sociales.
Phases d’information et d’évaluation de la programmation des normes sociales
Explorer les normes sociales autour de… | Des questions |
---|---|
Panisme familial |
Demander aux hommes et aux femmes: Dans cette communauté, quand la plupart des femmes tombent enceintes (âge, durée/état de la relation)? Est-ce jamais scandaleux de tomber enceinte dans une relation? Pourquoi? Probes: Pas marié, trop jeune, relations instables? (Projet Transform/PHARE - Bénin, Burkina, Côte d'Ivoire, Niger) |
Menstruation |
Demander aux filles: à qui parlez-vous des menstruations? Probes: Qui dans votre famille? Qui parmi vos pairs? Qu'en est-il des enseignants? Travailleurs du domaine de la santé? Quel conseil est le plus important pour savoir si vous utilisez des produits sanitaires? (Projet Garima - Inde) |
Mariage |
Demander aux garçons: Connaissez-vous des garçons de votre âge dans votre région qui ne sont pas encore mariés? Pourquoi pensez-vous qu'ils ne sont pas encore mariés? Probes: Quels sont les avantages d'être marié à votre âge? Que penseraient les membres de la communauté d'un garçon célibataire de votre âge? (Projet de prévention des mariages précoces dans les quartiers urbains pauvres - Bangladesh) |
Remarque : il n’est pas toujours nécessaire de réaliser chacune de ces phases, ou toutes les activités, pour tous les projets.
- Par exemple, pour les petits projets ou dans les contextes où nous avons déjà fait beaucoup de recherche formative, les phases formative et baseline peuvent souvent être combinées.
- De même, pas tous les projets portant sur les normes sociales n’ont besoin d’une évaluation complexe.
Pour plus d’informations sur comment (et quand) suivre et évaluer les interventions en matière de normes sociales, voir la section “Suivre votre impact” (section 4).
Questions clés lors de la phase formative/de collecte d’informations :
- Quelles sont, le cas échéant, les normes sociales qui influencent les comportements visés par mon intervention ?
- Qui est le plus et le moins affecté par la/les norme(s), et de quelle manière ?
- Comment les gens dans ce contexte parlent-ils de la/des norme(s) ?
- Quels sont les groupes de référence les plus influents pour la/les norme(s) ?
- Quelles sont les sanctions sociales prévues en cas d’écart par rapport à la/aux norme(s) ?
Comment répondre aux questions
Analyse documentaire de la littérature existante et des données secondaires
Ne négligez pas les données existantes ou les leçons apprises qui peuvent vous aider à comprendre les normes sociales dans votre contexte. Ces données peuvent provenir de projets MSI antérieurs, de sources de données ou de partenaires. Les données existantes peuvent être qualitatives (études de recherche, évaluations et documents de projet) ou quantitatives (voir ci-dessous).
Méthodes de collecte d’informations
Quantitative Secondary Data
- Identifier les tendances qui pourraient indiquer que les normes sociales influencent le comportement
- Rechercher les différences de comportements et d’attitudes par groupe cible ; les normes sociales pourraient-elles être l’une des raisons de ces différences ?
- Fournir des données indiquant l’étendue d’une norme et son influence sur les attitudes et les comportements
- Si d’autres idées suggèrent qu’une norme pourrait influencer les comportements, pensez à d’autres indicateurs qui aideraient à confirmer dans quelle mesure c’est le cas.
Potential data sources
Les données MSI (données de service, entretiens de sortie, etc.) peuvent vous aider à identifier les tendances qui pourraient indiquer que les normes sociales influencent les comportements.
Les données secondaires peuvent vous aider à mieux comprendre les normes sociales que vous pensez avoir identifiées.
Sources de données secondaires :
- L’enquête mondiale sur les valeurs contient des données considérables provenant de plus de 80 pays sur les valeurs culturelles, les attitudes et les croyances concernant le genre, la famille, la pauvreté, l’éducation, la santé et la sécurité.
- Les enquêtes démographiques et de santé (EDS) fournissent des données représentatives au niveau national sur la démographie et les comportements sociaux et de santé.
- L’Enquête internationale sur les hommes et l’égalité des genres (IMAGES, réalisée dans plus de 25 pays)
- L’étude multipays de l’Organisation mondiale de la santé sur la santé des femmes et la violence domestique à l’égard des femmes (réalisée dans 10 pays)
Données qualitatives
Discussions qualitatives et entretiens avec des membres des communautés
Si vous avez l’impression qu’il existe encore des lacunes dans votre compréhension de la ou des normes que vous souhaitez aborder ; si vous vous attaquez à une norme pour la première fois ; si vous investissez beaucoup dans une intervention sur les normes sociales ; ou si vous devez démontrer à un donateur l’impact de votre approche, il peut être utile d’investir dans une recherche qualitative formative supplémentaire et dans la collecte d’informations.
La recherche qualitative est mieux réalisée par un facilitateur formé et, selon le sujet et le profil du membre de la communauté auquel vous souhaitez vous adresser, vous devrez peut-être envisager un examen éthique (pour vous assurer que votre recherche ne fera courir aucun risque inutile à qui que ce soit). N’hésitez pas à contacter l’équipe de soutien GSO pour vous assurer que vous êtes sur la bonne voie !
Mais ne vous laissez pas décourager ! Explorer les problèmes directement avec ceux qui sont influencés par les normes sociales peut être le meilleur moyen de trouver l’inspiration sur la manière de les aborder dans votre programme et il existe de nombreuses techniques participatives formidables qui peuvent être utilisées dans la recherche qualitative et qui peuvent vous aider à obtenir des informations.
Si vous pensez avoir besoin de ce type de recherche, parlez-en à votre équipe RME et/ou à l’équipe Evidence and Impact GSO, qui pourront vous aider à identifier une approche adaptée au temps et aux ressources dont vous disposez.
Exemples de collecte d’informations formatives pour les projets sur les normes sociales :
- Projet Transform/PHARE (Bénin, Burkina, Côte d’Ivoire, Niger) – pour stimuler la demande de planification familiale. Inclut des questionnaires d’enquête.
- Projet Garima (Inde) – pour améliorer la gestion de la santé menstruelle. Comprend un grand nombre d’outils qualitatifs et quantitatifs pour recueillir des informations
- Projet Transforming Masculinities/Masculinité, Famille et Foi (RDC) – pour stimuler le recours à la planification familiale et à promouvoir l’égalité des sexes. Comprend tous les outils servant à recueillir des informations, y compris des guides pour interroger les chefs religieux.
- Outils Girls Holistic Development (Sénégal) – pour lutter contre les normes de genre ayant un impact négatif sur les jeunes filles. Comprend des outils servant à recueillir des informations auprès des jeunes filles et des personnes d’influence, telles que les grand-mères.
Enquêtes quantitatives
Il est peu probable que vous ayez besoin de collecter des données quantitatives supplémentaires pour étayer votre programme sur les normes sociales. Le seul cas où vous pourriez en avoir besoin est celui où l’on vous demande de démontrer quantitativement l’impact de votre programme sur les normes sociales au niveau de la population. Dans ce cas, vous devrez mesurer la situation de base avant de mettre en œuvre votre programme. Pour plus d’informations sur l’inclusion des normes sociales dans les enquêtes quantitatives, voir la section « Suivre votre impact »
Informal discussions
Discussions informelles avec des informateurs clés des communautés
L’Outil d’exploration des communautés vous aide à appréhender les normes sociales au sein d’une communauté donnée. Il peut être utilisé par toute personne ayant l’occasion d’échanger avec des patientes et des acteurs clés de la communauté. Son usage est optimal avec des leaders de la communauté, qui bénéficient d’une visibilité d’ensemble sur les sujets abordés. Pour les patientes, il peut être nécessaire de l’adapter ou de recourir à d’autres méthodes proposées ici (lien vers l’outil – community reconnaissance tool).
Comment fonctionne l'évolution des normes sociales
Cette partie établit un cadre théorique à garder en tête lorsque l’on réfléchit à des activités axées sur les normes sociales.
Comment s’opèrent les changements au niveau d’une norme sociale ?
On distingue 4 phases :
Phase 1 : Changer les attentes sociales
Une intervention réussie sur les normes sociales modifie à la fois les attitudes individuelles et les attentes sociales. Dans cette phase, le programme vise à tirer parti des opportunités au niveau individuel et à les porter au niveau communautaire – rappelez-vous le modèle d’influence socio-écologique. C’est dans cette phase que certains individus commenceront à agir selon notre comportement souhaité, soit malgré, soit à cause de la façon dont il a été présenté par rapport à la norme sociale pertinente.
Déclencher le changement : avant de pouvoir créer un groupe central au sein de la communauté qui peut conduire à un changement de comportement supplémentaire, vous devez déclencher un besoin de changement ou ouvrir des conversations.
Lorsque vous concevez des activités pour ce faire, voici quelques considérations clés :
- Initier le dialogue, soit avec des individus, soit en groupe – faire parler les gens
- Dissiper les idées fausses ou les croyances inexactes concernant le comportement nuisible
- Éviter de renforcer et de normaliser le comportement négatif en insistant sur sa forte prévalence
- Ne critiquez pas les cultures ou les croyances des gens. Démontrez plutôt que le nouveau comportement est conforme aux valeurs de la communauté, par exemple, retarder l’accouchement est plus sûr pour la mère et l’enfant
Elargir le périmètre : fondamentalement, les normes évoluent au niveau du groupe. Impliquer une communauté plus large est essentiel. Quelques considérations :
- Pensez à vos publics cibles : revenez à l’analyse de votre groupe de référence et envisagez d’inclure différentes activités pour plusieurs groupes
- Identifier les influenceurs et les agents de changement au sein de la communauté pour diriger le programme
- Créer des espaces sûrs pour la réflexion critique parmi les membres de la communauté : Permettre la réflexion, la délibération et le débat entre les individus et les groupes clés
- Rechercher le changement au niveau de l’ensemble de la communauté, pour s’assurer que les nouveaux comportements sont largement acceptés
- Soyez conscient des déséquilibres de pouvoir liés au sexe et à l’âge (par exemple, l’agence des jeunes est souvent beaucoup plus limitée pour s’exprimer sur ces sujets)
Le fait de parler d'une norme négative ne risque-t-il pas de la renforcer ?
En effet, c’est une possibilité. La règle de base est la suivante : si la majorité est contre la norme, il faut le faire savoir à tous. Si ce n’est pas le cas, il faut mener une campagne pour changer les attitudes de chacun en se centrant non pas sur l’ampleur de son influence, mais sur les alternatives prometteuses. Si la norme négative est basée sur des perceptions et non sur la réalité, il faut alors montrer que la majorité n’adhère pas réellement à la norme. Le projet “Chill” de PSI au Kenya, destiné aux 10-14 ans, en est un bon exemple. Les jeunes pensaient que les autres de leur âge avaient tous des relations sexuelles et que le fait de ne pas être sexuellement actif n’était pas « cool ». En fait, très peu de leurs pairs avaient des rapports sexuels à cet âge et en utilisant des personnages sympathiques pour renforcer cette idée et un langage qui rendait l’abstinence “cool” (“pourquoi se presser ? je prends mon temps / je suis « chill »”), ils ont modifié la perception de la situation.
Phase 2 : Parler du changement
Dès que vous commencez à voir les changements, c’est le moment de le crier sur les toits.
Qui doit passer le mot ?
- Coordonnez la transition parmi ceux qui sont prêts à changer, de manière visible : amplifiez et offrez une tribune aux défenseurs du changement/modèles de référence et parlez-des bénéfices des nouveaux comportements.
- Élaborez une stratégie de diffusion pour répandre la nouvelle du changement dans les communautés similaires et voisines.
- Mobilisez les lanceurs de mode, les acteurs du changement, les petits groupes d’influence ou les médias populaires pour amplifier le buzz.
- L’idée n’est pas de travailler avec tout le monde et n’importe qui, mais avec les acteurs clés dont on a besoin pour faire la différence : les déviants positifs et les modèles de référence ; les personnes d’influence qui vous aideront à vous faire entendre ; les détenteurs du pouvoir qu’il faut rassurer et avec lesquels collaborer ; les groupes organisés existants auprès desquels il faut lancer la dynamique locale ; les leaders chargés des rênes du processus ; et les jeunes et les membres marginalisés de la communauté à émanciper.
Phase 3 : Instaurer un climat favorable
Pour faire en sorte que l’évolution de la norme soit durable, il faut veiller à ce que les messages que nous transmettons dans le cadre de nos activités puissent intégrer le tissu social.
- Créez des opportunités pour permettre aux personnes en dehors du réseau de référence initial de mettre en pratique le nouveau comportement.
- Contribuez à créer de nouvelles récompenses et de nouvelles sanctions, et faites en sorte qu’elles soient suivies et mises en pratique par les membres de la communauté concernés.
- Instaurez des alliances de tuteurs avec des acteurs d’influence capables de promouvoir la nouvelle norme au sein de la communauté et en dehors.
Phase 4 : Évaluer, améliorer et évoluer
Pour plus de détails sur ce point, reportez-vous à la page Suivi de votre impact.
- Évaluez la réussite du programme et les opportunités de généralisation
- Pour changer les normes de manière adaptée, intégrez le programme aux systèmes nationaux en veillant à accompagner la démarche par des mouvements sociaux et des alliances avec des partenaires. Toutefois, la tactique de base sera probablement de créer une preuve de concept dans les régions pilotes. Rendez vos interventions évolutives dès le départ, testez-les, et si elles fonctionnent, vendez-les aux bonnes personnes en haut de la pyramide sociale.