Normes sociales au MSI
Cette section est destinée à tous ceux qui souhaitent avoir un aperçu du travail de MSI sur les normes sociales et de la réflexion qui le sous-tend. C’est particulièrement utile pour ceux d’entre vous qui ont besoin de parler de notre travail à l’extérieur !
- Nous travaillons avec les communautés, pour les communautés, et cela est profondément ancré dans nos façons de travailler
- Nous utilisons les données pour éclairer la prise de décision et le suivi de l’impact
- Nous tirons parti, modifions et controns les normes sociales, le cas échéant
- Nous engageons non seulement notre public cible principal, mais aussi leurs influenceurs
- Nous sommes dirigés par les programmes nationaux pour nous assurer que nous tirons parti des opportunités existantes dans les communautés pour faire avancer la mission de MSI
Nos cadres théoriques
Chez MSI, les communications sont perçues par le prisme des comportements. Nous avons établi certains comportements que nous voulons voir notre public cible adopter. C’est dans cette optique que nous avons mis au point le cadre MSI de changement des comportements. Quelques rappels : C’est pourquoi nous avons développé le cadre de changement de comportement. Un rappel rapide ci-dessous, des conseils complets sont enregistrés ici.
Le comportement d’un individu est façonné par des facteurs sociaux (y compris, mais pas uniquement, les normes sociales) ainsi que par des facteurs environnementaux plus larges.
Une intervention de changement de comportement réussie fonctionne pour affecter plusieurs niveaux, comme le montre le diagramme ci-dessus.
Nos cadres de changement de comportement sont complétés par notre travail sur le renforcement des systèmes de santé à différents niveaux. Ce cadre de RSS (renforcement du système de santé) est également divisé selon le modèle socio-écologique.
Comme le montre le diagramme, la stratégie pour une demande durable se compose de trois éléments clés : partenariats gouvernementaux (renforcement des capacités) ; engagement communautaire; et le genre et les normes sociales. Les normes sociales sont une caractéristique essentielle de notre stratégie visant à créer un environnement propice à long terme, où les individus sont responsabilisés et libres de choisir les services de SSR qui leur conviennent.
Comment nous travaillons
Dans les contextes dans lesquels nous travaillons, les communautés ont tendance à être soudées et des normes sociales puissantes constituent le tissu qui permet à la communauté de fonctionner. Cela signifie que les interventions réussies en matière de normes sociales doivent aborder plus d’un niveau à la fois : niveau individuel, interpersonnel, communautaire et/ou institutionnel.
Le niveau individuel
MSI a pour ambition d’émanciper les personnes, d’épauler les déviants positifs et de donner aux gens l’opportunité de déterminer eux-mêmes si une norme sociale mérite d’être remise en question. En amplifiant les témoignages de patientes satisfaites dans le cadre des activités de mobilisation, l’idée est de faire de ces femmes nos marraines les plus efficaces au sein de la communauté pour faire évoluer les normes liées à la SSR. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 25 % des adolescentes et des femmes sans enfant recourant à des services de PF au Sahel citent les recommandations personnelles comme la source d’information la plus importante pour elles. Ce point est tout particulièrement important pour les groupes les plus sceptiques ou les plus défavorisés, comme celui des femmes nullipares (cf. tableau), qui peuvent faire l’objet d’une pression normative très importante les poussant à faire des enfants le plus tôt possible. Généralement, MSI obtient un nombre limité d’« adhérentes précoces » au terme des 2 à 3 premières consultations sur un site donné. Les consultations ultérieures donnent lieu à une hausse significative du recours à la PF, stimulant la demande de la communauté tout en créant une impulsion. Sur les sites des services mobiles ruraux au Niger, où MSI a élargi ses activités il y a 3 ans, le nombre de femmes et de jeunes filles recourant à des services de PF a doublé (passant de 15 à 30/équipe/jour) au cours des 18 derniers mois, et 80 % des utilisatrices indiquent désormais que la communauté soutient et encourage le recours à des contraceptifs modernes
Niveau interpersonnel
Nous prêtons attention aux acteurs que nous pouvons et devons impliquer, au-delà de notre public cible principal jusqu’aux influenceurs clés au niveau communautaire, mais nous veillons à ce que les moins manifestement puissants soient également impliqués. Grâce à une analyse approfondie du groupe de référence, nous avons développé des interventions qui impliquent les belles-mères, les pairs masculins et d’autres membres de la communauté dont l’influence est la plus répandue au niveau interpersonnel. Notre travail au Sahel sur l’intervention de La Famille Idéale en est un bel exemple. La Famille Idéale est une suite d’outils participatifs à l’usage des mobilisateurs communautaires. Les outils (un jeu de société et une conversation de couple facilitée) ciblent directement les adolescentes ainsi que leurs maris et d’autres influenceurs clés (comme les belles-mères). LFI est utilisé par les quatre programmes de MSI au Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger et Sénégal) pour créer une prise de conscience et une demande pour les services de contraception de qualité offerts par les équipes de MSI. Utilisé par les mobilisateurs communautaires avant les visites de sensibilisation de MSI, l’outil s’est avéré efficace pour créer un environnement propice aux conversations où les jeunes filles n’ont aucun pouvoir de décision. Une première évaluation a révélé : (i) une augmentation de 25 % de la portée des adolescents dans les sites utilisant l’outil ; et (ii) la création d’un dialogue communautaire qui a réussi à dissiper les mythes sur la contraception.
Les outils impliquent les maris dans une discussion sur la PF, pour montrer que les maris peuvent et doivent faire partie de ces discussions ; explorer qui peut utiliser la PF, quand et pour quelle raison, remettre en question la norme selon laquelle les jeunes couples doivent attendre pour utiliser la PF jusqu’à ce qu’ils aient plusieurs enfants ; modéliser le rôle que les belles-mères peuvent jouer pour soutenir l’adoption de la PF, en explorant le rôle de ce groupe de référence clé ; et se concentrer sur les avantages de la PF pour l’espacement des naissances, en modifiant les compréhensions et les croyances individuelles pour donner aux gens la confiance nécessaire pour défier eux-mêmes la norme.
Au-delà de la famille, nous visons à tirer parti des opportunités existantes dans la communauté pour créer de nouveaux champions là où nous le pouvons. Le travail du Nigeria sur le projet Gagarabadau en est un excellent exemple. Gagarabadau utilise trois stratégies complémentaires, la formation commerciale des vendeurs de thé, les conversations entre pairs dirigées par des mobilisateurs et la diffusion du terme “Gagarabadau” (un terme haoussa utilisé pour décrire un homme respecté) pour engager les hommes et aborder les normes sociales liant les familles nombreuses aux hommes. le statut et le rôle des femmes dans la prise de décisions familiales et la génération de revenus. Les résultats d’une évaluation qualitative indiquent que l’intervention a engagé avec succès les vendeurs de thé et leurs épouses pour créer des champions communautaires de la planification familiale. Les discussions communautaires qui ont eu lieu grâce à cet engagement ont permis de commencer à surmonter les normes sociales négatives liées à la taille et au statut de la famille, en promouvant plutôt qu’un homme responsable est celui qui espace les naissances pour avoir une famille saine et prospère. Cela a été renforcé par les discussions entre pairs et une diffusion large et variée du terme “Gagarabadau”. De plus, l’accent mis pendant la formation sur la prise de décision partagée a vu les épouses des vendeurs de thé commencer à jouer un plus grand rôle dans les décisions de l’entreprise familiale et a aidé beaucoup à créer leur propre petite entreprise. Il s’agissait d’un puissant moyen de donner l’exemple de ces comportements positifs. Les activités ont généré près de 4 000 références pour les services de PF au cours d’un projet pilote de neuf mois, dont 47 % ont été confirmés rachetés dans les établissements de santé à proximité.
Niveau de la communauté
MSI investit du temps pour comprendre chaque contexte local et collaborer avec les gouvernements et des partenaires au sein des communautés pour identifier les principaux meneurs et personnes d’influence et pour mettre au point des messages adaptés et culturellement parlants afin de recueillir adhésion et soutien. Il s’agit d’un facteur clé pour assurer la longévité de tout partenariat. Nous mobilisons les structures des communautés pour faire accepter notre cause et pour identifier et mettre sur pied les défenseurs qui promouvront nos activités. Dans certains contextes conservateurs, il se peut que nous n’obtenions qu’une acceptation tacite de la part des leaders – mais une résistance de la communauté peut rendre impossible la mise en œuvre de nos programmes.
Ce niveau concerne les partenariats avec la communauté, qui peuvent être de formidables moyens de trouver des parrains, des opportunités, et de veiller à s’adapter au contexte local. En tirant parti de leurs liens existants avec les jeunes par le biais d’activités de routine ou d’événements particuliers, MSI coordonne la prestation des services avec des événements de mobilisation destinés aux adolescents. Au Sénégal, par exemple, MSI travaille en collaboration étroite avec le Centre Conseils des Ados pour organiser des échanges autour d’un certain nombre de sujets, dont la SSR, les MGF, le mariage des enfants ou encore les violences sexuelles et sexistes, et dispense des services au sein de salles discrètes dans les locaux du Centre.
Les leaders des communautés sont bien entendu des acteurs clés dans toute démarche de changement de normes sociales, puisqu’ils font partie du groupe de référence pour une grande partie des normes sociales sur lesquelles nous travaillons. Obtenir leur adhésion peut jouer en faveur du changement et avoir des retombées au niveau de la communauté dans son ensemble. Notre travail en Zambie illustre bien ce point. Marie Stopes Zambie collabore avec l’équipe de l’établissement de santé pour présenter les statistiques locales de SSR chez les adolescentes, notamment en ce qui concerne la participation aux soins postnataux ou les accouchements (mesures indirectes pour mettre en exergue le fardeau que représentent les grossesses précoces), aux leaders de la communauté lors des réunions d’engagement. Par ailleurs, les leaders de la communauté participent à un « Jeu de trajectoire » pour comprendre le parcours de SSR des adolescentes et les obstacles auxquels elles sont confrontées. Ces exercices visent à développer l’empathie et la compréhension des leaders vis-à-vis des adolescentes pour leur permettre de se mettre à leur place et de comprendre en quoi leurs droits concordent avec les priorités de leur communauté – mais pas nécessairement avec les normes sociales négatives existantes.
Niveau institutionnel
Lorsque c’est possible, nous travaillons avec nos collègues de l’Équipe Advocacy pour promouvoir l’évolution des normes sociales et coopéerons avec les institutions pour ancrer la théorie et la pratique en la matière. Tous nos programmes nationaux collaborent avec des agents de santé de la communauté (ou fonctions équivalentes). L’idée est d’essayer d’influencer leur expérience à des niveaux supérieurs. Nous travaillons au niveau national et au niveau des districts pour promouvoir de meilleures formations, plus centrées sur la PF, et nous cherchons des opportunités pour améliorer la responsabilisation du gouvernement sur le plan du paiement au niveau des agents de santé. La plupart des programmes nationaux auront travaillé sur le renforcement des capacités des agents de santé en formation. Le Ghana est un exemple qui se détache. Là-bas, le programme national s’est associé au service de santé ghanéen pour élaborer un cadre conjoint de CCSC, ainsi qu’un plan de déploiement/intégration pour la formation.
Comment nous évaluons notre impact
C’est un fait bien connu : les interventions qui ciblent des normes sociales sont difficiles à évaluer. Le changement se fait progressivement, sur un laps de temps important, et les interventions sur les normes sociales ne donnent pas toutes lieu à une hausse immédiate des recours à nos services. Nous nous appuyons sur les bonnes pratiques du secteur, ainsi que sur les systèmes de données robustes de MSI pour trouver des moyens de suivre et d’évaluer l’impact des activités sur les normes sociales, bien souvent avec une stratégie spécialement adaptée à une intervention donnée.
Le cadre SNAP
Toutes nos approches s’inscrivent dans le cadre de l’analyse SNAP et s’accompagnent d’une théorie du changement robuste. Cela nous permet de relever les petits changements qui, d’après la théorie du changement, amèneront un impact ultérieur plus important. Nous utilisons une version adaptée du cadre d’analyse SNAP de CARE. L’approche SNAP se décline en 4 étapes pour éclairer les évaluations :
- Cadre SNAP : créé pour décomposer les normes sociales visées par le projet.
- Conception d’une Évaluation par méthode combinée: identifier les sources de données pertinentes ; avec souvent une simple vignette à utiliser lors des entretiens qualitatifs pour décrire un scénario influencé par les normes sociales
- Échanges semi-structurés : à l’aide d’un guide de discussion, on sonde les réactions des participants à la vignette. L’échange porte sur les différents aspects du cadre SNAP pour ces normes sociales, notamment sur tous changements observés par les participants et sur la contribution potentielle du projet à ces changements.
- Analyse de données : les données qualitatives sont analysées de manière thématique et complétées par les données quantitatives pertinentes.
Étant donné la complexité de l’évolution des normes sociales, l’étude peut uniquement donner une indication de l’évolution de la norme. L’approche qualitative signifie également que les résultats ne sont pas généralisables à l’ensemble de la population. Parfois, la conception et le contexte particuliers d’une intervention font qu’il est nécessaire de dévier légèrement de ces 4 étapes.
Les données que nous exploitons
Les données que nous recueillons pour étayer l’évaluation dépendent de la conception de l’intervention et, lorsque c’est possible, conjuguent informations qualitatives et quantitatives. Exemples :
- Analyse des données des services de routine et des activités de suivi : sert à comprendre la participation aux différentes activités, le nombre et le profil des orientations découlant des activités, la conversion des orientations et le recours aux services dans les régions où les activités ont eu lieu.
- Discussions qualitatives avec les participants : discussions qualitatives approfondies avec différents types de participants aux activités pour réfléchir aux perceptions des normes sociales visées.
- Observation d’activités : observations structurées des activités pour voir la teneur et le ton des échanges ; les thématiques et les informations abordées (sujets, exactitude des informations) ; l’implication des participants.
Pour accéder à des exemples d’analyses d’interventions sur les normes sociales, reportez-vous au Répertoire des normes sociales.
Bibliothèque des normes sociales
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